16 avril – 19 avril 1945 : 28 moments du printemps 1945 (résumé partie 2)

Résumé des moments 5 à 8 (16 au 19 avril 1945). Les textes complets en russe sont à retrouver sur le site https://28.russkiymir.ru/ 

Vers Berlin ! – Lundi 16 avril

En avril 1945, en pleine campagne d’Allemagne, tous les regards se tournaient vers Berlin. Les accords de Yalta prévoyaient que la capitale allemande faisait partie de la zone d’occupation de l’Armée rouge. Ainsi, dès début avril, Staline et les membres de son État-major avaient planifié l’offensive soviétique qui devait débuter le 16 avril 1945. L’attaque coordonnée serait menée par deux groupes : celui de Georgui Konstantinovitch Joukov (1er front biélorusse) et celui de Ivan Stepanovitch Koniev (1er front ukrainien) avec, en appui, le maréchal Constantin Rokossovski et son 2e front biélorusse qui devaient arriver le 20 avril après un redéploiement. L’objectif était de prendre Berlin en étau depuis trois fronts : le nord, l’est et le sud. Ce calendrier ne laissait que peu de temps de préparation aux troupes de Joukov qui devaient lancer l’offensive. Néanmoins, les soldats soviétiques étaient pressés ; ils ne souhaitaient pas laisser aux Américains l’opportunité de les prendre de vitesse.

L’offensive fut donc lancée de nuit par un bombardement impressionnant des positions allemandes en périphérie berlinoise. Ensuite, les soviétiques aveuglèrent leur ennemi grâce à des faisceaux lumineux projetés dans le ciel. Joukov avança alors pour prendre les hauteurs bien protégées de Seelow, tandis que Koniev en profitait pour faire progresser ses troupes plus discrètement. L’offensive initiale fut un succès et les troupes soviétiques percèrent les défenses allemandes sur plusieurs kilomètres.

Aux États-Unis, le même jour, Harry Truman, s’exprimait pour la première fois au Capitole en tant que Président. Il souligna la nécessité de mettre fin à la guerre en Europe, puis à la guerre contre le Japon, sans violer de manière significative l’alliance avec l’URSS. Cependant, tout le monde dans l’establishment de la politique étrangère américaine n’était pas d’accord.

La toile d’araignée – mardi 17 avril 1945

Au deuxième jour de l’offensive sur Berlin, Hitler tissait une toile d’araignée diplomatique visant à provoquer des désaccords entre les soviétiques et les Alliés. Ainsi, un prisonnier allemand rapporta à Joukov que les Allemands avaient pour ordre de combattre jusqu’au dernier soldat soviétique, et ce même si les Américains attaquaient par un autre front.

Les troupes allemandes avaient d’ailleurs repris leurs esprits et mettaient les troupes du 1er front biélorusse en grande difficulté sur les hauteurs de Seelow. Les troupes de Koniev, elles, s’attaquaient à la troisième ligne de défense allemande sur la rivière Sprée pendant que les Américains entraient à Nuremberg, la ville des triomphes d’Hitler et des congrès du parti nazi.

Bravoure et trahison – mercredi 18 avril 1945

Le 18 avril, Karl Wolff, commandant de la SS pour le Nord de l’Italie, fut amené devant Hitler et présenta une défense habile de ses contacts ambigus avec les Alliés en offrant à Berlin un canal de communication privilégié avec Washington. En outre, les conditions de reddition des forces allemandes en Italie furent exposées.

Parallèlement, aux abords de Berlin, Koniev continuait sa percée rapide. Mais, au sud, Joukov était toujours en difficulté dans le terrain difficile de Seelow. Le retard était si grand que Staline envisagea, un court instant seulement, d’abandonner cette manœuvre et de passer les troupes du 1er front biélorusse par le passage déjà ouvert par Koniev.

Tout en coordonnant sa machine de guerre, Staline trouvait du temps pour la démocratie. Ainsi, le 18 avril, il échangea avec Churchill et Truman sur la question yougoslave, un point de discorde entre l’URSS et les Alliés, qui prenait de l’ampleur. En effet, l’Empire britannique avait toujours vu la Yougoslavie comme une de ses sphères d’intérêt mais, à mesure que la fin de la guerre approchait, les intérêts soviétiques devenaient de plus en plus évidents.

La colère de la France – 19 avril

Alors que les troupes de Koniev avalaient les kilomètres en direction de Berlin, perçant toujours plus les défenses allemandes, Joukov avançait lui aussi à un rythme plus modéré. Les troupes anglaises et américaines, elles, se déployaient sur l’Elbe et rencontraient une défense féroce. En France, Charles de Gaulle lançait la 1ère armée française du général Jean de Tassigny dans ce qui fut peut-être la plus grande opération indépendante des forces françaises dans la guerre avec le Troisième Reich : la prise de Stuttgart.

La France, dès la montée d’Hitler au pouvoir, s’était enlisée dans une position paradoxale : pleinement consciente de la menace du monstre nazi, elle s’était pourtant rangée derrière la stratégie d’apaisement des Britanniques, dans l’espoir de diriger le potentiel destructeur allemand contre l’Union soviétique. Il faut souligner que les relations bilatérales entre les deux pays s’étaient dégradées, entre autres dans le contexte du conflit qui opposait la Finlande et l’URSS en 1939. Ainsi, si le premier ministre de l’époque Edouard Deladier rencontra Hitler à plusieurs reprises, pas un seul message ne fut échangé avec Staline avant le début de la guerre.

Toutefois, la guerre prit le pas sur ces tensions. De fait, après la capitulation de la France et l’instauration du régime de Vichy, l’Union soviétique reconnut Charles de Gaulle, réfugié à Londres, comme le « chef des Français libres » et établit un contact direct avec lui. L’URSS souhaitait notamment aider la France en exil de de Gaulle à établir sa pleine souveraineté vis-à-vis des Américains et des Britanniques.

Après la libération, le gouvernement provisoire de la République française, avec de Gaulle à sa tête, fut officiellement reconnu par Londres, Washington et Moscou. Mais le général était toujours insatisfait du mépris anglo-américain pour la préservation de l’Empire français et souhaitait participer à l’occupation de l’Allemagne en tant que force indépendante. En fait, la personnalité de de Gaulle et sa susceptibilité encombrante ne suscitaient pas l’enthousiasme chez ses alliés étrangers. Le général obtint cependant que les Français se joignent aux combats en Allemagne et la 1ere armé française de Jean de Tassigny, se battit aux côtés des troupes américaines du général Bradley. Elle s’illustra notamment en défendant Strasbourg pendant la bataille des Ardennes. Mais De Gaulle souhaitait un fait d’armes majeur pour la France, et ce pour donner du poids aux intérêts nationaux français dans les négociations d’après-guerre. Ainsi, il lança le général de Tassigny sur Stuttgart.

Le 19 avril, l’assaut du Stuttgart entra dans une phase décisive et, dès le 20 avril, les chars français entrèrent dans la ville en ruines, à la grande satisfaction de de Gaulle.

 

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