20 avril – 23 avril 1945 : 28 moments du printemps 1945 (résumé partie 3)

Un dernier anniversaire – vendredi 20 avril 1945

Au matin du 20 avril 1945, Adolf Hitler se réveilla très affaibli pour ce qui devait être son dernier anniversaire. Il s’apprêtait à remettre la Croix de Fer à des membres des Jeunesses hitlériennes qui s’étaient illustrés dans la défense de Berlin. Il avait également réuni les plus hauts représentants du Troisième Reich pour un conseil militaire. Tous s’attendaient à ce que le Fürher quitte rapidement la capitale et se réfugie à Berchtesgaden. D’ailleurs, de nombreux dirigeants nazis, dont Heinrich Himmler et Hermann Goering, avaient prévu de s’enfuir ce soir-là. Ainsi, la nuit tombée, il ne resta plus que Joseph Goebbels et Martin Bormann à Berlin avec Hitler.

Berlin était alors déjà sous les feux des canons à longue portée soviétiques et, dans la périphérie de Berlin-Est, les combats avaient déjà commencé puisque la défense de l’Oder était tombée. La défense allemande était menée par le colonel-général Gotthard-Heinrici. Joukov, lui, avait pris les hauteurs de Seelow et les troupes soviétiques se dirigeaient rapidement vers la ville et, pour ajouter à la désespération du Troisième Reich, le 2ème front biélorusse de Rokossovsky arriva en appui aux troupes de Joukov et Koniev. Les troupes anglo-américaines, elles, commencèrent à bombarder la ville, premier véritable signal du début de la bataille de Berlin.

William Harriman, ambassadeur des États-Unis à Moscou en visite à Washington, rencontra ce jour-là le Président Truman et des hauts dignitaires du département d’Etat américain pour un état des lieux sur les relations URSS-USA. Truman et Harriman s’entendaient sur le fait que les différends avec l’URSS étaient irréconciliables et qu’il faudrait contrer celle-ci en Europe où elle essayait d’étendre sa zone d’influence plus à l’ouest.

 

Dans la banlieue berlinoise – samedi 21 avril 1945

Le 21 avril, la maréchal Joukov donna l’ordre à ses troupes de s’introduire dans les faubourgs de la capitale et d’y engager le combat. La bataille fut inégale et les troupes allemandes, en infériorité numérique, ne purent que s’incliner. L’issue des batailles de la journée du 21 avril était inéluctable : les troupes soviétiques du 1er front biélorusse et du 1er front ukrainien pénètrent dans les faubourgs de Berlin.

La tournure que prenait les événements poussa Hitler et ses plus proches généraux à élire domicile dans un abri anti-bombes du jardin du bureau impérial. Le Fürher avait pris sa décision : il ne quitterait pas Berlin.

A Londres, le premier ministre britannique reçut ce jour-là le général Dwight Eisenhower qui lui relata l’horreur découverte au camp de Buchenwald récemment libéré par les troupes américaines. Par ailleurs, après la prise de Stuttgart, les troupes françaises tournaient leurs efforts vers la Forêt Noire.

Sur le plan diplomatique, les Alliés informèrent les Soviétiques de nouvelles conditions entourant la reddition de l’ennemi : chacune des principales forces alliées sera autorisée à envoyer des représentants à la table des négociations mais, si l’une des forces ne peut être présente, la reddition ne pourra être refusée pour cette raison. Moscou y vit une tentative de les maintenir à l’écart des négociations. A Washington, on se préparait à recevoir Viatcheslav Molotov, ministre des Affaires étrangères soviétique. Le monde vivait les prémisses de la guerre froide.

 

 

Avant la tempête – dimanche 22 avril 1945

Cette nuit-là, les artilleurs soviétiques frappèrent sans relâche le Reichstag, célébrant à leur manière le 75e anniversaire de Vladimir Lénine. Le 22 avril, les troupes soviétiques brisèrent les défenses extérieures de Berlin et pénétrèrent dans les banlieues de Blankfeld, Malov, Lichtenrad,…Plusieurs camps de prisonniers internationaux furent libérés au nord-ouest de Berlin : il y avait des Français, des Anglais, des Danois, des Belges,…

Hitler n’entrevoyait plus d’issue militaire positive à la guerre, mais il espérait un accord politique pour l’Allemagne avec les dirigeants de l’Ouest. Dans cet esprit, il dirigea la plupart de ses forces contre les troupes soviétiques, déplaçant le centre de gravité des combats contre l’URSS. Certain que sa personnalité interfèrerait avec les négociations, le Fürher envisageait déjà de mettre fin à ses jours. A mesure que les Soviétiques s’approchaient du centre de Berlin, il ordonna d’évacuer tous ses employés non essentiels vers Berchtesgaden.

Le 22 avril, alors que la question polonaise était déjà brulante, Moscou annonça la signature d’un traité de paix et d’union avec le gouvernement provisoire polonais. C’est dans ce contexte que Molotov dîna avec le Président américain pour une première rencontre informelle en préparation de la Conférence de San Francisco qui devait poser les fondations d’une organisation mondiale, l’ONU. Les deux hommes se promirent de mettre la situation polonaise au premier plan des négociations auxquelles se joindrait l’Empire britannique. Or, Molotov avait pour instruction de ne rien décider sur cette question en l’absence de représentant polonais, et les trois hommes ne firent aucun progrès.

 

Le jour où la guerre froide a commencé – lundi 23 avril 1945

Le 23 avril, les combattants soviétiques sentaient qu’ils étaient désormais durablement installés en Allemagne. La défaite de Berlin s’accompagnait naturellement d’excès et de violence envers la population, notamment les femmes.

Par ailleurs, Heinrich Himmler cherchait à négocier seul avec les Alliés au nom de l’Allemagne déchue, se proposant en successeur d’Hitler. Il réussit à ouvrir une ligne de contact grâce au chef de la Croix-Rouge suédoise, le comte Bernadotte.  Dans ce contexte, il entra en contact avec un interlocuteur surprenant, Charles de Gaulle. Désespéré, il cherchait un partenaire chez le dirigeant français. Mais De Gaulle jugea indigne cette proposition. De plus, son attention était plutôt dirigée vers l’extradition du maréchal Pétain, héros de la première guerre mondiale et chef du gouvernement fantoche de Vichy.

Le 23 avril 1945 est surtout la date que certains historiens associent au début de la guerre froide. Ce jour-là, les Américains étaient refroidis par l’impasse dans laquelle les négociations sur la question polonaise se trouvait. Pour eux, les Soviétiques ne permettraient jamais le fonctionnement d’un gouvernement libre en Pologne. C’est sans fard que Truman posa alors un ultimatum à Molotov utilisant le chantage économique et ordonnant aux Soviétiques de respecter les Accords de Yalta en consultant tous les représentants démocratiques de la Pologne. La dureté avec laquelle Truman considéra les soviétiques était du jamais vu auparavant. Parallèlement aux discussions sur la Pologne, l’URSS, les USA et l’Empire britannique préparaient la Conférence de San Francisco. Le rapport de force s’annonçait en défaveur de l’URSS car les États-Unis comptaient déjà plus de voix acquises à leur cause. Molotov insista donc sur une invitation de la Biélorussie et de l’Ukraine. À partir de ce jour, les relations entre les deux puissances se dégradèrent continuellement. La guerre froide avait commencé, mais personne ne le savait encore.

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