Black Book – Rencontre avec des étudiants de l’UMONS aux manettes de cette aventure belgo-russe!

Il y a quelques mois, nous vous avions fait part de la volonté des russisants de l’UMONS de développer des axes de partenariat dans l’univers du gaming et de sensibiliser à l’exercice de la localisation (traduction) de jeux vidéo (lien). Pour rappel, tout est né d’une collaboration entre des concepteurs de jeux vidéo de la région de Perm en Russie et des étudiants de la Faculté de traduction de l’UMONS qui œuvrent à la localisation en français du dernier né des studios Morteshka, Black Book, dans le cadre de leur cours de traduction russe-français.

Black Book est un jeu vidéo divertissant en RPG (jeu de rôle) et instructif puisqu’il s’appuie sur la tradition orale russe du 19ème siècle avec sa palette de légendes et de croyances païennes. A travers le jeu, vous pourrez incarner la jeune Vassilia qui, suite à l’acquisition d’un livre très spécial, se retrouvera immergée dans un monde fait de sorcellerie, de démons à combattre et de quêtes diverses dans une ambiance sombre et envoûtante

Et qui de mieux placé pour entamer la discussion sur cette belle aventure que des étudiantes de l’UMONS et leur professeur ?  Sarah Draou, Laura Wautier et Solene Van Butsele ont ainsi accepté de répondre à quelques questions sur leur travail tout comme M. Nicolas Stuyckens, professeur de traduction russe-français et traducteur.

Centre russe : Pouvez-vous expliquer brièvement comment est né ce projet de traduction ?

NS : Il me tient d’abord à cœur de remercier les étudiants de bachelier 3 (2020-2021), sans le travail acharné desquels, dans des conditions parfois difficiles, ce projet n’aurait pas vu le jour. Je m’estime chanceux d’avoir collaboré avec une équipe de professionnels motivés.

Ce projet est né grâce à Nicola Bourton, un étudiant passionné de gaming. Il a découvert un jeu vidéo développé en Russie, inspiré de la mythologie nationale. Il se trouve que le jeu en question (Black Book ou Tchernaïa Kniga) est basé sur les travaux du professeur Constantin Chumov[1], qui enseigne à l’Université de Perm, et est entre autres connu et reconnu pour ses travaux sur la mythologie et le folklore oral russe. Plus précisément, le récit est bâti sur les bylitchkas, une forme de conte évoquant des demi-dieux, des démons et d’autres créatures mythologiques fantastiques du monde russe. Ces contes témoignent des relations entre les mondes naturels et surnaturels.

Ce qui a constitué un excellent prétexte pour développer les connaissances en culture russe.

Par ailleurs, nous avions l’intention d’aborder un domaine particulier de la traduction en bachelier 3, la localisation de jeux vidéo.

Centre russe : Et comment s’est déroulée la collaboration avec les studios Morteshka ?

NS : Dès que Nicola Bourton m’a parlé du jeu, j’ai pris contact avec le studio Morteshka[2].

Vladimir Beletsky, son directeur, a directement accroché à notre idée. Lui et son équipe sont des passionnés de la mythologie russe, n’en sont pas à leur premier jeu et ont à cœur de faire connaitre la culture de leur pays. Par ailleurs, l’idée de partager son expérience avec nos étudiants lui a tout de suite plu.

Très vite, il nous a fait parvenir les textes à traduire, accompagnés des images du jeu, pour donner un certain contexte.

Une séance de questions – réponses entre Vladimir et les étudiants a eu lieu en cours de projet, pour lever les doutes ou les incompréhensions. Je tiens à souligner que Monsieur Beletsky a d’emblée adopté un langage clair et structuré en russe, plus abordable pour les apprenants.

Enfin, Vladimir Beletsky a répondu à certaines questions que nous nous posions.

Mais les choses ne s’arrêtent pas au travail des bachelier 3. Un étudiant a pris la relève et prépare un travail de fin d’études sur le sujet, toujours avec l’aide du directeur du studio.

Et d’autres projets sont à l’étude… à suivre.

 

Centre russe : Connaissiez-vous l’industrie du jeu vidéo russe avant d’entamer ce projet ?

Sarah : Pas vraiment, ce projet a justement permis de se familiariser avec cette industrie.

Laura et Solene : Pas du tout, nous ne sommes personnellement pas des adeptes des jeux vidéo et nous n’y jouons jamais. Honnêtement, nous ne connaissions même pas l’industrie du jeu vidéo américaine ou européenne.

 

Centre russe : Pensez-vous que le thème du jeu soit facilement accessible pour le joueur “occidental” ?

Sarah : Oui et non. Certaines informations sont plus difficiles à absorber, tel que le folklore. Certains personnages étaient plus faciles à cerner que d’autres.

Je pense que les joueurs « occidentaux » aimeront le sujet, parce qu’il s’agit de fiction mélangée à du folklore slave. C’est très intéressant de découvrir une nouvelle facette du folklore slave.

Laura et Solène : Ce jeu vidéo peut être intéressant pour le joueur occidental car il permet d’en savoir plus sur la culture slave, sujet que nous, européens, ne connaissons pas beaucoup.

 

Centre russe : Quelle est votre impression générale du projet ?

Solène : J’ai trouvé que ce projet était une très bonne expérience. Il m’a permis de me rendre compte des difficultés inhérentes à la traduction d’un jeu vidéo et de voir la traduction sous un nouvel angle. De plus, étant donné que l’intrigue du jeu se déroule au 19e siècle, cela ajoutait une autre difficulté à la traduction et représentait un bon exercice de recherche de vocabulaire plus « ancien ».

Centre russe : avez-vous acquis de nouvelles compétences (recherche, traduction, rédaction…) ?

Sarah : Nous avons travaillé sur la traduction des dialogues. Nous avons beaucoup appris les uns des autres et surtout à travailler en groupe.

Laura : Je pense que ce travail m’a permis de réaliser des traductions plus courtes. Puisque les textes dans les jeux vidéo doivent être courts, nos traductions doivent l’être également. Personnellement, j’ai souvent tendance à utiliser beaucoup de mots en français pour être sûre que ce soit bien compréhensible pour un francophone. En traduisant un jeu vidéo, je me suis rendu compte que ce n’était pas toujours nécessaire et qu’il fallait aller à l’essentiel.

NS : Le traducteur, en tant que passeur, a un grand rôle à jouer dans la diffusion internationale du jeu. Ce que le secteur a bien compris. Si un studio veut mettre toutes les chances de son côté, il ne doit pas négliger l’aspect traduction. Un jeu mal traduit engendre frustrations et colères chez les joueurs, et donne une très mauvaise image du studio. Par ailleurs, une traduction erronée peut induire le joueur en erreur ou l’empêcher de poursuivre sa progression dans le jeu (imaginez le désastre lors de compétitions e-sport ou dans des jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs

Centre russe : Selon-vous, quelles sont les difficultés inhérentes à la traduction d’un jeu vidéo ?

Sarah : Le contexte et le sens général. Les traducteurs doivent savoir exactement ce que les créateurs voudraient transmettre aux joueurs. Les dialogues devaient être traduits au bon siècle, puisque l’histoire se passait au 18e siècle, c’était aussi un défi pour notre groupe.

Solène et Laura : Selon nous, la plus grande difficulté de la traduction d’un jeu vidéo est que les traductions doivent être courtes, étant donné que l’espace et le nombre de caractères sont limités. C’était donc parfois difficile de traduire en quelques mots des idées qui en demandaient davantage. De plus, nous avons dû faire quelques recherches sur le folklore slave pour comprendre certaines idées et certains mots, qui étaient alors difficiles à traduire en français.

NS : En surface, la traduction du jeu vidéo ne diffère pas vraiment de la traduction « classique ». Les procédés de traduction sont les mêmes et une très bonne connaissance du français est de mise (voire une belle plume). Toutefois, si on creuse un peu, on se rend compte que certains types de jeux sont plus difficiles à traduire que d’autres. Notamment le jeu de rôle (RPG) ou le jeu d’aventure dans lequel le rôle de la narration est prépondérant.

Centre russe : Voulez-vous, en tant que traducteurs, faire passer des messages aux concepteurs de jeux vidéo ?

Sarah : Nous voulons simplement leur demander de continuer sur la même voie et de créer d’autres jeux pour laisser les joueurs « occidentaux » découvrir leurs idées et leur folklore, même si ce n’est qu’un jeu vidéo. Il s’agit aussi de faire rencontrer des cultures qui ne sont pas très connues des Occidentaux. 

Centre russe : Selon vous, quels sont les avantages d’un projet tel que celui-ci pour de futurs traducteurs français-russe et pour le rayonnement de la culture russe en Belgique ?

NS : Le jeu m’a séduit, car il offre une autre approche de la culture et de la mythologie russes, ce qui est d’ailleurs l’un des buts avoués des concepteurs du jeu.

Les matériaux historiques et mythologiques sont issus des travaux du professeur Constantin Chumov et des contes et légendes russes.

J’y vois là une forme possible d’apprentissage par le jeu ou ludification (plus connue sous le terme anglais de gamification). Il s’agit d’utiliser le jeu et ses mécanismes dans le processus d’apprentissage pour, par exemple, développer de nouvelles compétences, apprendre à gérer de nouveaux comportements et enseigner différemment une matière.

Tout cela relève du domaine de la ludopédagogie. Et les matières liées à la culture russe que ce soit les contes et la littérature jeunesse ou l’Histoire et la mythologie ont aussi une place à prendre.

Dans le cas de Black Book, nous pourrions appeler cela des bylitchkas 2.0.

CR : Où pourrons-nous retrouver le jeu vidéo traduit en français par les étudiants montois ?

NS : En dehors des travaux réalisés pour le dossier, il ne sera malheureusement pas possible de voir les traductions de nos étudiants intégrées dans le jeu vidéo.

D’une part, car cela prendrait beaucoup de temps aux développeurs d’intégrer les traductions dans le jeu (et Dieu sait qu’ils n’ont pas ce temps, car ils doivent sortir le jeu dans le courant de cette année).

D’autre part, il est aussi question de droits d’auteur. Les textes ne sont pas traduits par le studio Morteshka, mais par le distributeur du jeu, Hypetrain Digital[3]

Nous pourrions parler des droits d’auteurs sur les traductions et la manière dont ce monde s’organise dans le jeu vidéo, mais je pense que cela fera l’objet d’un autre article.

 

En savoir plus sur Black Book :

 

Démo du jeu : https://www.youtube.com/watch?v=JGBJda7tUh0

Suivre le jeu sur Facebook : https://www.facebook.com/playblackbook

Suivre le jeu sur Steam : https://store.steampowered.com/app/1284240/Black_Book_Prologue/?curator_clanid=26684285

 

 

[1] http://www.psu.ru/personalnye-stranitsy-prepodavatelej/sh/konstantin-eduardovich-shumov

[2] http://www.morteshka.com/

[3] https://hypetraindigital.com/

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