Rencontre avec Vladimir Beletsky des studios Morteshka, créateurs du jeu « Black Book »

 

Centre russe: Comment l’idée de développer ce jeu vous est-elle venue à l’esprit ?

Vladimir Beletsky: Après avoir fini The Mooseman, nous avons voulu continuer à travailler sur des projets traitant de mythologie à partir d’univers authentiques. Cette fois, nous avons décidé de partir sur des histoires folkloriques et légendes urbaines sur les mauvais esprits, sujet peu exploré dans l’industrie du jeu vidéo. Nous connaissions déjà ces récits mythologiques sur les forces du mal depuis un moment, et nous étions familiers avec les travaux de grands ethnographes et folkloristes de Perm[1]. Et puis, ce n’est pas la première fois qu’un jeu vidéo basé sur cette mythologie est développé dans cette ville.

CR: Vous attendiez-vous à recevoir un soutien financier d’une telle envergure pour son développement ?

VB: Oui, dès le départ nous avions prévu de monter un projet à plus grande échelle que le précédent, c’est pourquoi nous avons tout de suite cherché un éditeur et un investisseur. La version alpha du jeu était prête environ six mois après le début du développement. Nous avons envoyé cette démo à différents éditeurs et nous avons assisté à des conférences dans le but de trouver un partenaire fiable, et c’est comme ça que nous avons trouvé HypeTrain. Nos éditeurs aident à la promotion et au financement du projet, et nous recevons des retours très utiles sur le jeu.

CR: Pensez-vous que ce jeu arrivera à se démarquer des autres ? Si oui, de quelle manière ?

VB: Nous espérons que les joueurs seront attirés par notre jeu grâce à son cadre inhabituel et à la combinaison de différents genres.

CR: Le lancement du jeu était prévu pour 2020, où en est le développement aujourd’hui ?

VB: Le développement est presque terminé. Nous comptons sortir le jeu en 2021. Cependant, nous ne pouvons pas encore donner de date de sortie exacte.

CR: Pourquoi le jeu est-il basé sur la mythologie russe et sur le monde russe en général ?

VB: Lorsque nous avons terminé notre premier jeu (The Mooseman), nous avons décidé que le deuxième devait également porter sur la mythologie. Cette fois, nous avons choisi un thème plus complexe : la mythologie russe relativement moderne, que beaucoup connaissent sous forme d’histoires folkloriques et de légendes urbaines.

CR: Parlez-nous de votre source d’inspiration, qui est à l’origine du travail sur la mythologie russe ?

VB: Avant de commencer à travailler sur Black Book, nous avons étudié un certain nombre de sources portant sur la mythologie russe ainsi que quelques articles sur les particularités des personnages mythologiques des alentours de Perm justement, en particulier des régions du nord. Après avoir développé nos premiers prototypes, nous avons pris contact avec l’historien et ethnographe Alexandre Tchernykh, qui nous a montré où creuser pour améliorer l’immersion dans la thématique du jeu. Puis, nous avons rencontré le célèbre folkloriste Constantin Choumov, connu autant pour ses travaux scientifiques que pour son œuvre de fiction qui nous berce depuis l’enfance, Les contes effrayants de papy Egor… (à qui nous avons rendu hommage en donnant son nom à l’un des personnages du jeu), son jeu de société Un soldat revenait du service, et son jeu d’aventure L’oiseau de diamant. Le musée régional de Perm nous a également beaucoup aidé : nous nous sommes rendus aux archives du musée, avons étudié les cartes de la région de Tcherdyne, et nous avons même lu une rare collection d’incantations de la région d’Okhansk du Perm de l’époque de l’Empire russe.

CR: Quel genre de joueurs voulez-vous attirer dans un univers rempli de milliers de jeux vidéo similaires ?

VB: S’il s’agit de savoir comment nous imaginons notre joueur type, alors ce serait quelqu’un de réfléchi et d’intelligent qui s’intéresse à la mythologie ou qui veut en apprendre un peu plus. Et même si le joueur ne connaît pas bien les histoires folkloriques, il pourra, sans s’en rendre compte, approfondir sa connaissance des mythes.

CR: Quelle est votre stratégie ? Vous n’avez pas peur que la « russité » devienne un frein à la promotion du jeu en Europe et en Amérique ?

VB: Nous espérons au contraire que le cadre inhabituel nous aidera, du moins ce fut le cas pour notre premier projet.

CR: Êtes-vous habitué à travailler avec des traducteurs de jeux vidéo ?

VB: Nous travaillons avec les traducteurs à la fin du développement, et dans le cas de Black Book cela représente un travail assez long en raison de la quantité de texte présente dans le jeu.

CR: Quels sont vos plans pour l’avenir ?

VB: Après la sortie du jeu, nous prévoyons de nous pencher sur un DLC[2], et puis de commencer la préproduction de notre prochain projet.

 

[1] Perm est une ville située à l’Est de la partie européenne de la Russie.

[2] DLC : «downloadable content ou contenu téléchargeable désigne toute extension d’un programme informatique ou d’un jeu vidéo qu’il est possible de télécharger, gratuitement ou non. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Contenu_t%C3%A9l%C3%A9chargeable)

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