Le siège de Léningrad, un important travail de mémoire : Rencontre avec l’auteur d’un livre de témoignages

 

Le 9 mai, la Russie et le reste du monde commémoreront le 76e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale ou Grande guerre patriotique, terme préféré par les Russes puisqu’il fait directement référence au front de l’Est qui opposa l’URSS à l’Allemagne nazie.

À cette occasion, le Centre russe souhaite vous présenter un ouvrage utile et passionnant dont le sujet est l’un des chapitres les plus sombres de la guerre qui reste pourtant trop méconnu dans le monde occidental : le siège de Leningrad. Cette occupation nazie dura 900 jours entre 1941 et 1944 et coûta la vie à des centaines de milliers de civils.

Le siège de Leningrad raconté par deux survivantes a été publié en avril aux éditions Jourdan et n’est autre que l’aboutissement d’un travail de recherche et de traduction entamé par Maxence Marin dans le cadre de son travail de fin d’études proposé à la Faculté de traduction et d’interprétation de l’UMONS . C’est donc avec beaucoup de fierté que le Centre russe a rencontré le désormais jeune diplômé et auteur pour en savoir plus sur son livre et sur le travail de mémoire autour de celui-ci.

Maxence Marin, auteur de « Le siège de Leningrad raconté par deux survivantes »

Centre russe : Comment est né ce projet de livre ?

Maxence Marin : Une amie qui effectuait son stage aux éditions Jourdan, Marion d’Haenens, m’a informé qu’ils étaient intéressés par le sujet que j’avais choisi pour mon travail de fin d’études : la traduction de témoignages de survivants du siège de Leningrad. C’est grâce à elle que le contact entre la maison d’édition et moi a été établi. Le directeur se disait très intéressé et j’ai donc promis de leur proposer la traduction pour la fin de l’année académique 2019-2020, car, à ce moment-là, je n’avais pas encore traduit une seule ligne ! À partir de ce moment-là, j’avais donc quelques mois pour leur fournir un travail de qualité.

 

C.R. : Pourquoi traduire des témoignages et ne pas écrire ou traduire un livre ou un essai d’histoire ?

M.M. : J’ai considéré toutes ces possibilités avant d’opter pour les témoignages. Les témoignages historiques m’ont toujours énormément plu. Je suis un grand mordu d’histoire et particulièrement du XXe siècle, qui est, selon moi, une période très riche et accessible à tous étant donné sa proximité temporelle à la nôtre. J’aime m’imaginer le passé, le « comment c’était avant » et le meilleur moyen de s’en rendre compte c’est de directement donner la parole à des témoins de l’époque. Je voulais que le lecteur découvre le siège de Leningrad avec les yeux des assiégés, je voulais qu’il se mette dans leurs souliers, leurs valenki. De plus, ayant eu la chance de me rendre de nombreuses fois à Saint-Pétersbourg, c’est un thème qui me tient particulièrement à cœur. J’ai eu l’occasion de me rendre compte sur place de la souffrance des civils de l’époque. En croisant des personnes âgées, je me disais parfois «ils auraient tant de choses à raconter». C’était ici l’occasion de les entendre.

 

C.R. : Quels sont les avantages éventuels de ce format dans le cadre du travail de mémoire ?

M.M. : Le premier avantage c’est que les faits évoqués sont difficiles à remettre en question. Il s’agit de souvenirs, de vécu, on est loin des querelles historiques où différentes versions se contredisent. C’est brut et, par conséquent, la marge d’erreur est minime. Les témoignages présentent un autre avantage : celui de la proximité avec le survivant. Quand on sait qu’il s’agit d’une histoire vraie, l’imaginaire du lecteur travaille beaucoup et il s’imagine un timbre de voix, un rythme de paroles. On s’imagine l’orateur, on l’associe à des personnes que l’on connait, on imagine le siège sur lequel il est assis, sa tasse de thé fumante posée sur la table. Enfin, c’est aussi très agréable à traduire. On découvre une histoire, un vécu. C’est comme discuter avec la personne et c’est un exercice très plaisant.

 

C.R. : Comment avez-vous découvert les témoignages de ces deux survivantes ?

M.M. : Avant de pencher pour le siège de Leningrad, je recherchais des lettres que des soldats soviétiques auraient pu échanger avec leurs proches sur différents sites Internet. J’avais même commencé à traduire certaines de ces lettres avant de me rendre compte que, peut-être, ça ne menait pas à grand-chose puisqu’il n’y avait pas réellement de thème central et les lettres avaient été retranscrites dans un format peu accessible. Ensuite, je suis tombé sur un site qui compile de nombreux témoignages soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, c’est là que j’ai trouvé mon bonheur. Après une lecture rapide des témoignages au sujet du blocus, ça m’a semblé évident qu’il fallait les traduire.

 

C.R. : Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ce travail et la préparation de sa publication ?

M.M. : En ce qui concerne la publication du travail, la difficulté principale a été d’entrer en contact avec les ayants droit. Lioudmila Eliachova est décédée en 2017. J’ai par conséquent dû chercher la personne qui détenait les droits de son livre. Alors que l’épidémie de coronavirus occupait le quotidien de chacun en 2020, j’ai échangé plusieurs dizaines d’e-mails avec la maison d’édition russe qui, étant débordée, répondait une fois toutes les deux semaines. C’est de cette manière que j’ai obtenu le contact de sa descendante. Il s’avère que les droits du livre étaient détenus par sa belle-fille avec qui j’entretiens à présent une correspondance par mails. Elle a tout de suite accepté que les témoignages de Mme Eliachova soient publiés. Cela lui fait extrêmement chaud au cœur, car elles étaient très proches. En ce qui concerne les témoignages d’Olga Semenova, les éditions Jourdan et moi avons combiné nos efforts pour entrer en contact avec elle, en vain. D’ailleurs, si un jour Mme Semenova ou un de ses proches tombaient sur la traduction, nous serions ravis d’échanger avec elle.

Pour ce qui est de la traduction, les difficultés étaient multiples. Il s’agit de témoignages qui sont passés de la forme orale à la forme écrite. C’est-à-dire que l’histoire a été dictée pour ensuite être retranscrite et retravaillée légèrement. J’ai voulu conserver un maximum les traces d’oralité présentes dans le texte pour qu’il soit le plus authentique possible. Cette réflexion sur les traces d’oralité conservées à l’écrit transparait grâce à certains éléments : les abréviations, certaines phrases à rallonge, l’utilisation de guillemets qui marquent un changement de ton ou de rythme, etc.

 

C.R. : Ce volet de l’histoire est-il suffisamment mis en lumière chez nous ?

M.M. : Ce projet est l’occasion non seulement d’entretenir ce souvenir, mais aussi de susciter l’intérêt du public par rapport à l’histoire de la Russie, de l’Union soviétique et à la langue russe. Je crois que la souffrance n’a pas de frontière et que ce genre de témoignage peut parler à tout le monde. La publication du livre est aussi un moyen de rendre hommage aux victimes du siège de Leningrad.

Pour ce qui est de la commémoration du siège en Belgique, je dirais qu’il n’est pas suffisamment célébré. Je me risquerais même à dire que c’est un chapitre de la Seconde Guerre mondiale qui n’est pratiquement pas commémoré en Belgique. Mais faut-il le faire pour autant ? C’est un volet de l’histoire propre à la Russie voire à Saint-Pétersbourg. Cela n’a pas beaucoup de sens de commémorer cet événement en Belgique. Pourtant, nous commémorons le débarquement du 6 juin 1944, alors pourquoi ne pas commémorer le siège ou d’autres événements de ce genre ? Que chacun se rende compte de la réalité du siège de Leningrad grâce à des témoignages ou des reportages est déjà un pas dans la bonne direction ! C’est ici mon objectif. Une chose m’a frappée alors que je regardais la très sérieuse série documentaire « Apocalypse, la Seconde Guerre mondiale ». Près de six heures d’images et de témoignages au sujet de la Seconde Guerre mondiale et on y parle du siège de Leningrad pendant environ une minute.

 

C.R. : Qu’est-ce que ce travail vous a apporté personnellement ?

M.M. : De la fierté. Recevoir les félicitations de la part de ses proches fait bien entendu très plaisir. Mes professeurs de russe qui grimaçaient parfois (voire souvent) quand j’apprenais à lire le russe il y a quelques années me félicitent pour la publication de cet ouvrage, c’est très encourageant. Outre la fierté, cette publication m’a apporté un sentiment du travail bien fait et m’a permis de découvrir une littérature propre au siège de Leningrad. Depuis la rédaction de Le siège de Leningrad raconté par deux survivantes, j’essaie de lire tout ouvrage qui traite de ce sujet.

 

 

Le siège de Leningrad raconté par deux survivantes, de Maxence Marin

Éditeur :  Editions Jourdan (15 avril 2021)

Langue : Français

Prix : 19,90 euros

Empruntable à la bibliothèque du Centre russe (plus d’infos : centrerusse@umons.ac.be )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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