Plongée fantastique dans le folklore russe : plume d’étudiants

Article rédigé par Lauryn Haulin, Loriane Raes, Natalia Kostiuk, Sandrine Dielens et Martin Michel, étudiants à la FTI-EII

Le folklore russe fait partie intégrante de la culture populaire russe du XXIe siècle. En effet, encore aujourd’hui, ce folklore influence la Russie et sa culture. Le jeu vidéo de Vladimir Beletsky, “Le Livre noir (Black Book)”, en est un exemple assez explicite. Ce jeu vidéo s’inspire du folklore russe et de ses légendes pour créer un monde magique et original. Le livre au coeur du jeu est, dans le folklore russe, le livre des sorciers. Le sorcier qui possède ce livre doit le léguer avant sa mort, sinon il sera condamné à renaître de ses cendres et à aller hanter le peuple, coincé à jamais entre le monde des vivants et celui des morts.

La religion païenne slave, fondée sur le respect de la nature et les traditions ancestrales, a été remplacée par le Christianisme en Russie en 988. Le paganisme tient ses origines des anciennes religions européennes de la Nature. Il s’agit d’une religion dite polythéiste, les croyants reconnaissent plusieurs divinités tant dans leur aspect féminin que dans leur aspect masculin. Les païens sont libres de prier la divinité qu’ils souhaitent. Ils avaient leur propre panthéon. Les deux divinités principales sont le Dieu, appelé aussi «Dieu Cornu», représentant l’homme, et la Déesse, portant aussi le nom de «Mère Nature» ou «Gaïa», représentant la femme. Le respect pour la nature est très important, mais au-delà de cela, ils reconnaissent la terre comme un organisme vivant unique. Les Païens divinisent la Terre, le cycle de la nature, ainsi que toute forme de vie. Il y a énormément de rituels différents. Parmi leurs rites, ils célèbrent les saisons comme la Maslenitsa qui est une fête en l’honneur de la fin de l’hiver. Ces rituels permettent de communier en harmonie avec la nature et les divinités. Les païens ont aussi recours à des rites magiques pour accélérer la guérison ou pour résoudre des crises. Ensuite, il y a aussi des rites de passage qui sont très importants pour célébrer les mariages, les morts et les naissances. Cependant, les rites du paganisme sont assez méconnus, il existe peu de sources sur ce sujet. C’est pourquoi, beaucoup de rites sont créés par les nouveaux adeptes.

Le Christianisme n’a toutefois pas supplanté le paganisme du jour au lendemain. C’est pourquoi l’Église organisait des fêtes chrétiennes aux mêmes dates que celles de païens : Kolyada (Noël), le jour d’Ivana Kupala (le jour où Jean Baptiste est né), Maslenitsa (l’entrée de Jésus à Jérusalem), etc. Cela ressortait dans le folklore. La population  a commencé à confondre les personnages bibliques,  tels que Dieu et Satan, avec les personnages païens. De plus, certains gestes chrétiens sont eux aussi venus se mélanger aux gestes païens, comme le signe de croix censé éloigner les esprits maléfiques (Lechiy et Kikimora, les sorcières maléfiques et les besy).

Actuellement, nous ne disposons pas de sources fiables permettant d’expliquer les croyances et la mythologie des Slaves. Il s’agit principalement de contes de fées qu’on raconte encore aujourd’hui. En les analysant, on comprend que les Slaves faisaient la distinction entre 3 mondes, 3 espaces : Yav (Jav), Prav et Nav (en russe : Явь, Правь и Навь). Ces 3 dimensions furent évoquées pour la première fois dans le Livre de Veles, un ouvrage néo-païen du XXème siècle.

Le Yav est le monde matériel dans lequel nous nous trouvons. Il symbolise le présent, le parcours de vie sur Terre. Le Nav est le monde immatériel, l’au-delà des Slaves. Les âmes des défunts sont représentées sous forme d’étoiles. Le Prav est le monde céleste, ou les dieux régissent les lois de l’univers. Parmi eux, le dieu Svarog, symbole du feu et de la métallurgie, est considéré comme le dieu majeur de la mythologie slave.

Ainsi selon les idées néo-païennes, il existe un lien entre les trois mondes, un parcours influencé par les lois du Prav dans lequel les païens s’aventurent, de monde en monde, jusqu’à atteindre le Prav. Le mot orthodoxie en russe, Православие (Pravoslavié), tient ses origines de ce parcours et signifie “chanter les gloires du Prav”, ainsi que l’académincienne Svetlana Jarnikova l’explique.

Dans les contes de fée traditionnels, Baba Yaga était considérée comme une créature des deux mondes. Elle voyageait entre le Yav et le Nav. Une des légendes de Baba Yaga raconte que sa maison possédait deux pattes de poulet ; une se trouvait dans le Yav, et l’autre dans le Nav.

Dans le jeu, le Nav  est évoqué. En effet, le personnage se rend dans ce monde spirituel et reçoit des dons surnaturels. On voit bien que selon le sujet de jeu il existe les 3 royaumes : le royaume céleste (Prav), le royaume terrestre (Yav) et le royaume souterrain (Nav). [ни на небе, ни на земле, ни под нею].

Éléments principaux du folklore russe :

Contes folkloriques russes

Les contes folkloriques russes sont des œuvres orales créées et récitées en prose par le peuple. Les contes populaires russes racontent toujours l’histoire d’événements impossibles dans la vie réelle. Cependant, grâce à la fiction fantastique, la morale derrière ces contes de fées devient plus claire et permet par exemple aux enfants de retenir et de comprendre des concepts importants de la vie. Les contes de fées de différents peuples se ressemblent, mais chaque nation dispose de ses propres contes de fées et les histoires russes possèdent leurs propres particularités. En effet, la plupart des contes de fées russes possèdent une empreinte de l’époque slave païenne avec ses coutumes et ses traditions, déjà bien avant l’existence de la Rus’ de Kiev et de la chrétienté. Ainsi, dans ce jeu vidéo apparaissent les héros de contes de fées Vassilissа еt le grand-père Yegor.

Magie populaire

Dans l’ancienne Russie, il y avait deux types de magie : la magie noire, maléfique, et la magie blanche, bénéfique. Le premier type était associé au diable et était perçu comme une véritable menace. La seconde garantit une protection contre les forces maléfiques et fournit aux gens les moyens de faire le bien. En effet, certaines pratiques magiques, telle que la voyance, que l’on considérait habituellement comme de la magie bienfaisante, sont devenues par la suite des pratiques maléfiques aux yeux de l’Église chrétienne. Dans le jeu vidéo, nous rencontrons des exemples de magie:

  1. Vassilissa est considérée comme une sorcière, une magicienne, et on la nomme vekchitsa (la sorcière peut enlever le lait des vaches et transmettre des maladies aux gens, mais elle a également pu endommager la santé reproductive des humains et des animaux).
  2. Le meunier est considéré comme un serviteur du Diable.
  3. Grand-père Yegor pratique la magie.
  4. L’ouverture des sceaux du diable vous permet de réaliser vos souhaits.
  5. L’existence du Livre noir

Incantations (ou sorts)

Les sorts sont des mots magiques utilisés pour accomplir certaines tâches. Certains sorts peuvent être utilisés, par exemple, pour se protéger contre le sortilège de Lechiy. Dans le jeu, par exemple, nous découvrons l’amulette slave d’Herbe Odolen’ – Nénuphar blanc – qu’est l’une des amulettes les plus connues, dont le rôle est d’exorciser les maladies et de protéger son propriétaire du mauvais œil, de la détérioration et des sorts. On croyait qu’il était possible de se débarrasser de ce Lechiy soit par la prière, soit par des gros mots, soit par des amulettes et d’autres outils.

 Les superstitions et les présages

Ils tiennent une place particulière dans le folklore russe, et certains sont encore utilisés aujourd’hui. Dans le jeu, nous voyons que le grand-père Yegor considère que la source de ses malheurs familiaux est la mauvaise position de sa maison. Il pense que sa maison a été construite sur les os humains, qui n’avaient pas été enterrés correctement. Alors, pour protéger sa famille, il apprend la magie.

Bylines

Bylina est une chanson  populaire épique slave, et plus tard adapté en russe, sur des événements héroïques ou des épisodes remarquables de l’histoire nationale des XI-XIIe siècles.

Figures récurrentes du folklore russe :

Vassilisa la très belle ou encore Vassilissa la Magique : Ce personnage est tiré des

contes d’Afanassiev. Elle est la fille d’un marchand veuf. Avant de mourir, sa mère lui donne une poupée magique qu’il suffit de nourrir pour activer les pouvoirs. Son père se remaria avec une femme qui a déjà deux filles, lesquelles se mettent à jalouser et à tourmenter Vassilissa. Alors que son père était en voyage, la marâtre envoya Vassilissa chercher du feu chez la sorcière cannibale, Baba Yaga. Celle-ci la prend alors à son service, et donne plusieurs tâches à réaliser. Vassilissa les accomplit à l’aide de sa poupée magique. Plus tard, la sorcière la met à la porte, mais non sans lui donner malgré tout un crâne aux yeux ardents planté sur un bâton, puisque les filles de la marâtre réclamaient du feu. Lorsqu’elle arrive à la maison, les yeux du crâne se fixent sur la marâtre et ses filles, et les consument. Vassilissa enterre le crâne, ferme la maison et s’en va à la ville, où une vieille femme la recueille en attendant le retour de son père. La jeune fille, toujours aidée par sa poupée, se met à tisser une toile de lin extraordinairement légère et solide. Le tsar veut faire couper des chemises dans la toile, mais aucun tailleur n’y parvient. Vassilissa se rend au palais sur demande du tsar pour livrer son travail, soigneusement vêtue et apprêtée : le tsar tombe immédiatement amoureux d’elle et l’épouse.

Le Vodianoï : Personnage de la mythologie slave qui vit dans l’eau. Il s’agit avant tout d’un esprit malveillant dont le rôle principal est de noyer les personnes et animaux qui s’approchent de lui. Ils ont la vilaine habitude de se saisir des imprudents qui s’approchent de la berge en les tirant vers le fond puis de capturer et stocker leurs âmes dans des petits bocaux. Ils ressemblent aux humains mais avec une peau verdâtre et ils ont des nageoires aux pieds. Ils sont capables de communiquer avec les animaux aquatiques et avec les humains. Certains sont supposés avoir plusieurs centaines d’années.

Le Lechiy

Esprit de la forêt et des arbres. Il est le gardien de la forêt et de ses habitants. Il a une apparence humaine, mais il n’a pas d’ombre et a le pouvoir de se faire aussi petit qu’une souris ou aussi grand qu’un arbre. Sa peau est bleue comme son sang, sa barbe et ses cheveux sont faits de mousse, et ses vêtements de fourrure. Il est capable de se transformer en n’importe quel animal ou n’importe quelle plante de la forêt et peut apparaître et disparaître à sa guise. Tous les animaux lui obéissent.

Nechist (Нечисть) : Entité spirituelle maléfique chez les Slaves: mauvais esprits, diables, démons, loups-garous et zombies, le domovoï, le vodianoï, etc. Ce qu’ils ont tous en commun, c’est leur appartenance à l’entité spirituelle maléfique, au-delà de ce monde.  Ils commettent des actes de malveillance à l’égard des gens.

 Bes est un esprit malin, un démon dans la mythologie et le christianisme national des Slaves.

 

Ded Yegor (дед Егор) : Ce vieillard est l’une des figures les plus significatives de la culture traditionnelle des Slaves. Les personnes âgées dans le folklore acquièrent un statut ambivalent : elles sont très respectées, mais en même temps elles font aussi peur, car on croit qu’elles ont des savoirs magiques et qu’elles sont en contact avec « l’autre monde ».

 

Koldun (Колдун) : Ce personnage pratique la magie pour influencer les gens ou la nature, ou pour acquérir des connaissances ou de la sagesse par le biais de phénomènes surnaturels. Certaines personnes croient qu’il possède des pouvoirs extraordinaires, surnaturels dès sa naissance ou en vertu d’un pacte avec l’entité spirituelle maléfique.

Vekchitsa (Bекшицa)  : Cette sorcière peut enlever le lait des vaches et transmettre des maladies aux gens, mais elle a également pu endommager la santé reproductive des humains et des animaux. Cette chose sort le bébé du ventre d’une femme enceinte ou d’un animal femelle, et le remplace par un objet ménager quelconque : balai, brandon, filasse, savon, etc. La chose frit et mange des bébés et des petits d’animaux enlevés. Elle est également nocive pour la santé reproductive des hommes, car elle arrache ou endommage leurs organes génitaux.

Sorcière (Ведьма – колдунья, ведунья, чародейка, волшебница, ворожея) : Ces sorcières aux longs cheveux lâches peuvent se déplacer rapidement et voler sur un balai. Elles peuvent également se transformer en animaux, oiseaux, en boule de feu, en tonneau, en botte de foin et en plein d’autres choses.  Les sorcières peuvent être bonnes ou mauvaises. Les bonnes sorcières aident les gens : elles les soignent, assurent une bonne récolte, les protègent des ennuis. Les méchantes sorcières quant à elles, maltraitent les animaux, gâchent les récoltes et tentent de nuire aux paysans.  Traditionnellement, toutes les sorcières s’envolent se réunissent au sabbat sur la Montagne Chauve// Lusaya Gora, où elles se livrent à la sorcellerie et aux complots. On retrouve ces sorcières dans de nombreux contes de fée salves.

Satan (Сатана) 

 

Personnage biblique, aussi appelé ange rebelle ou chef des anges déchus. Le christianisme considère que toute invocation de Satan dans la sorcellerie et la divination est un péché et un acte de folie.

 

Sources :

  • Anne-Marie Passaret, Contes russes d’Afanassiev (ill. Michel Gay), L’École des Loisirs, 2003
  • Elizabeth Warner, Mythes russes, Seuil / Le Point Sagesses, 2005
  • Jarnikova, S. (Жарникова, С.) (2016) Сборник статей. 192 p. LitRes
  • Les fêtes russes en tant que reflet de l’esprit du peuple. (Русские праздники как отражение духа народа). Page consultée le 27 novembre 2020, https://www.km.ru/front-projects/russkie-prazdniki-kak-otrazhenie-dukha-naroda/khristianstvo-i-yazychestvo-dve-storony
  • Meletinsky, I. (Мелетинский, Е.). Мифологический словарь. 1990г. Москва, изд. «Большая российская энциклопедия»
  • Nivat, G. et Albert Babourine,А. (novembre 2019). Mémoire du quotidien /Folklore et mémoire populaire. Les sites de la mémoire russe, (p. 239-259), Paris : Fayard.
  • Portail Золотой трилистник. Page consultée le 27 novembre 2020, au https://dwar.vika-plus.ru/yav-nav-prav
  • Vasiliev, M (Васильевь М.) (2002) Неоязычество на постсоветском пространстве. Рец. (2001) на: Неоязычество на просторах Евразии. Москва : Славяноведение.  № 4.

 

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